Ouvrages de jeunesse retrouvés

Afin de l’afficher dans son bureau, le proviseur du lycée de Sens a déposé chez un encadreur de la ville un double feuillet calligraphié portant en haut à droite la date du 10 octobre 1855 et à gauche le nom d’Étienne Mallarmé. Il s’agit d’un pensum de 200 lignes :  » Je ne proposerai plus de jeux de dé ni aucun autre jeu de hasard à mes camarades ». Les lignes sont étrangement disposées au long des deux pages.

Le motif de la punition est indiqué sur une petite note épinglée signée par le proviseur, « L’élève Mallarmé tenait un tripot dans l’internat après extinction des feux. »

Le cours Désir (Paris, 6ème) a décidé récemment de proposer à la vente de la fête de fin d’année des dessins réalisés par les élèves des années passées et ceci afin de financer la rénovation du système de plomberie. On a ainsi pu voir exposé, un dessin dans lequel un homme immense qui semble en colère est représenté à côté d’une petite femme qu’il écrase de sa stature. En lettres maladroites, est écrit en-dessous : « JE SUIS NÉ (sic) PETITE FILLE ET JE NE VEUX PAS DEVENIR UNE DAME».

Le dessin est signé SIMONE, 7 ANS.

Proposé en vente chez Christie’s à Londres, un cahier retrouvé en Angleterre. Daté de 1839, intitulé « Maman Bovary…ces émois ! » et signé Gustave, il comporte des annotations en marge signées S. F.

Dans ce cahier, un jeune homme, Gustave, confesse que préparant seul son baccalauréat après son renvoi du lycée de Rouen, il aurait fréquemment eu recours aux services d’une prostituée d’un certain âge (la femme Bovary) qui, pour économiser le prix de la chambre, recevait ses clients dans des fiacres.

Il dit n’avoir recherché dans ses bras que l’attention qui lui manquait dans sa famille et raconte combien le bercement du fiacre tandis qu’il suçait son pouce reste associé à, dixit, « ses premiers émois ».

S.F. commente en marge et en rouge : « Urphantasien », « Ödipuskomplex », « Orale Phase » *

 

*merci le glossaire : http://www.psychanalyse.lu/articles/Glossaire.htm

Glossaire de Traduction [Freud]

psychanalyse.lu

4) Dans les archives de l’ancien couvent des Augustines de Paris, stockées à l’évêché de Paris, un chercheur vient de trouver une lettre de requête à la Mère Supérieure intitulée  » Une marelle, que diable ! » signée Amandine Aurore Dupin. La jeune insolente s’y plaint de l’absence de craie qui permettrait aux pensionnaires de jouer à leur jeu favori. Y est attaché un court compte-rendu signé M.S. (Mère Supérieure, sans doute) soulignant le caractère rebelle d’Aurore, interrogée celle- ci aurait d’abord déclaré « Je me marre » ou « J’en ai marre ! » avant d’éclater en larmes en menaçant de se noyer et en déclarant  » Vous serez tous malheureux et ça sera bien fait !  »

On aurait retrouvé dans le grenier de la maison familiale des descendants d’un maitre d’étude de la pension Cordier une longue rédaction sous le nom de Victor-Marie Hugo portant le titre : « Petit misérable ! ». Elle relate comment un enfant est humilié après avoir volé un morceau de pain dans la cuisine de la pension ainsi que la mortifiante séance qui s’ensuivit dans le bureau du Directeur pendant laquelle celui-ci aurait dit, montrant son bureau :  » et pourquoi pas ces chandeliers en argent, pendant que vous y étiez, jeune chenapan ? » puis aurait conclu : « Vous finirez au bagne, petit misérable ! »

Sa femme Dina l’incitant à s’intéresser aux sciences sociales, Claude, un jeune professeur de philosophie du lycée Victor Duruy de Mont-de-Marsan rédigea un mémoire après avoir passé les vacances de la Toussaint en immersion totale dans divers commerces de la ville. Il y étudia les liens unissant les familles de commerçants, les stratégies de mariages, les habitudes liées à la pratique de la quinzaine promotionnelle…etc…S’étant « ennuyé à mourir » ainsi qu’il l’indique dans une courte préface, il intitula son mémoire « Tristes boutiques ». Le mémoire ne fut pas publié car soumis à son épouse, celle-ci aurait vertement critiqué le choix du sujet d’étude (« un peu trop provincial, non ? »). Peu de temps après le couple partit au Brésil oubliant le mémoire au fond d’un placard.

Un hasard incroyable a permis de découvrir dans la ville de Třešť (auparavant Triesch) en République tchèque, un sac de courrier qui avait été oublié par un facteur peu scrupuleux. Le courrier non distribué daterait de l’année1895. On a trouvé, dans ce sac, entre autres, une enveloppe contenant un petit cahier, adressé par le jeune Joseph, collégien au Gymnasium de Prague à son oncle Siegfried, médecin à Triesch.

Dans ce cahier qui porte en titre sur la couverture « Justice ! », Joseph relate en détail une expérience traumatisante de bizutage que lui aurait fait subir ses condisciples et réclame que ceux-ci soient sanctionnés pour les sévices reçus. Il décrit avoir été secrètement trainé au réfectoire par un petit groupe de lycéens. Là, dans une parodie de cour de justice ils l’auraient harcelé et rudoyé en l’accusant sans qu’il puisse comprendre la nature de leurs accusations. Après cette séance éprouvante, Joseph, défait, a pu échapper à ses tourmenteurs et il est allé relater sa mésaventure dans un cahier avant de le mettre au courrier. « C’était comme un procès mais très étrange. Je ne trouve pas l’adjectif pour le décrire…oppressant ? absurde ? cauchemardesque ? Tout ça à la fois, en fait, mon Oncle  » y lit-on et Joseph ajoute :  » Il manque vraiment un terme pour décrire ça… »

Ponçant les portes des toilettes du lycée Emir Abdelkader (ex-lycée Bugeaud) d’Alger, un menuisier a retrouvé une gravure dans le bois du panneau central :  » NI DIEU, NI MAÎTRE  » et en-dessous  » MORT AUX VACHES  » ainsi qu’une signature  » ALBERT  » .

Le menuisier a déclaré au Directeur du lycée :  » Walla, Monsieur le Directeur, la signature, ça montre bien que cet Albert, c’était un type courageux ! « 

La Société Française de Psychanalyse est en effervescence après avoir reçu en legs d’un collectionneur un paquet de lettres adressées par Sigmund, alors jeune adolescent de douze ans à sa mère quand celle-ci s’absentait de Vienne pour de courtes visites à sa famille. Une de ces lettres a été lue devant une assemblée générale de la SFP attendrie :

 » Moi, j’ai été comme d’habitude premier au Sperlgymnasium. Je suis vraiment excellent.[….].

Maman, tu dois rentrer à Vienne car tu me manques plus que tu ne peux l’imaginer. Je te le demande instamment car la vie ici sans toi est très pénible au milieu des cris et disputes de Anna, Rosa, Mitzi, Dolfi, Paula, ces filles stupides que je déteste ! Alexander aussi m’énerve tellement que je pourrais le tuer. Surtout quand il ose prétendre que tu le préfères à moi.

Je t’écris cette lettre allongé sur le canapé du petit bureau. C’est là que je me réfugie au calme (comme si c’était dans tes bras, chère Maman !) pour leur échapper.

Dein goldener Sigi*

 

PS : Maman, il me faudrait 45 marks tout de suite dès réception de la présente, débrouille-toi comme tu peux. Si tu m’aimes vraiment, tu trouveras bien !  »

 

* j’ai lu que c’est ainsi que le nommait sa môman 🙂

Curieux document que celui que vient de dénicher un bibliophile allemand et qu’il a présenté aux journalistes au cours d’une conférence de presse. Il se présente sous forme d’un livret racontant une sorte d’épopée fictive illustrée. L’auteur de cet opuscule est Martin H., la date d’impression, 1909, ainsi qu’il est indiqué sur la page de garde. Le collectionneur prétend qu’il s’agit de l’œuvre du jeune Martin Heidegger. À cette date, 1900, celui-ci n’ayant pas les moyens financiers pour se porter candidat au séminaire de Fribourg, essayait de gagner un peu d’argent en faisant publier ce qu’il faut bien appeler au vu du document présenté une bande dessinée de science-fiction et qui est intitulé  » Der Krieg die Dasein Welte  » (La guerre des mondes du Dasein).

Le résumé de cette histoire sous forme d’une petite fiche traduite en différentes langues a été distribué aux journalistes présents :

 » Un Empire malfaisant fait régner la terreur dans l’univers. Les espèces non-humaines sont opprimées, les chevaliers du Dasein sont réduits à un très faible nombre d’exilés et traqués aux quatre coins de la galaxie ( ” Le Dasein est un être des lointains. « ) C’est dans ce climat d’oppression que l’Alliance rebelle nait avec pour but de rétablir les valeurs du Dasein. La princesse Hannah (note : il semble que ce nom ait été rajouté bien ultérieurement par l’auteur) détient les plans de la nouvelle arme de l’Empire : une position intellectuelle capable de détruire une planète. Le jeune Lukas Skeidegger est un des rebelles qui lancent un assaut car il est un des seuls à maitriser la force du Dasein. Entraîné par Maitre Eckhart et Yegel, il devient un puissant Chevalier du Dasein. Lors d’un combat contre Zarathoustror (qui se nomme en réalité Friedrich Skeidegger), ce dernier lui révèle qu’il est son père. Yegel confirme à Lukas Skeidegger qu’il est bien le fils de Friedrich Skeidegger et que la princesse (Hannah) est sa sœur jumelle. Au cours d’une bataille rhétorique mémorable Lukas tente de faire revenir son père du bon côté de la Force :

– Zarathoustror : « Connais-tu L’Etre-pour-la-mort ? La mort est l’horizon ultime du chevalier du Dasein, la frontière qui donne du sens aux projets du chevalier du Dasein. La finitude est la possibilité ultime du chevalier du Dasein. »… Schlackkk !

– Lukas Skeidegger : « Le chevalier du Dasein est devant son monde comme monde et le met lui-même du même coup devant lui-même comme être-au-monde”…Yyaargh !!

– Zarathoustror, reculant d’un pas sous l’assaut :  » Le chevalier du Dasein vit toujours l’existence comme un fait non-choisi, à travers lequel il doit malgré tout donner du sens. Ainsi, l’homme n’est pas causa sui generis, il est un accident. »

– Lukas Skeidegger :  » Le chevalier du Dasein est toujours irrémédiablement engagé dans le monde. Le sujet ne peut jamais se retirer du monde ! « .

La bataille se termine sur cette réplique foudroyante par l’endormissement brutal de Zarathoustror, à bout d’arguments, et par la victoire du pouvoir hypnotique du Dasein.

Les archives de Blainville-Cresson ont récemment été ouvertes pour permettre à un étudiant en thèse d’accéder à des documents confiés à la commune à la mort d’Émile Frédéric Nicolle. Celui-ci qui, bien que courtier maritime, était artiste, avait pris en charge l’éducation artistique de ses petits-enfants. Il relate cette expérience ainsi que sa méthode pédagogique dans une sorte de journal tenu au fil du temps. Le thésard a ainsi pu accéder aux commentaires que le grand-père fait au sujet du talent et des progrès de son petit-fils Marcel en dessin. La naissance de sa petite sœur, Suzanne de deux ans sa cadette, a beaucoup perturbé le petit Marcel qui était alors en pleine phase d’acquisition de la propreté. Grand-Père Nicolle se plaint longuement du fait que le conflit de Maurice avec sa nourrice qui l’obligeait à passer de longs moments sur le pot ait eu une influence très persistante sur ses sources d’inspirations en dessin . « Je suis quand même assez inquiet de cette fixation que Marcel montre pour tout ce qui a à voir avec la défécation… » note ainsi le grand-père préoccupé « Marcel depuis plusieurs semaines n’a pas dessiné autre chose que son pot vu sous différents angles. Il insiste pour que j’inscrive sous ses dessins des phrases s’attribuant la propriété de l’objet : « ceci est mon popot » ou bien « voilà le popot de Marcel ». Nous espérons tous sortir de cette phase qui plombe un peu l’atmosphère… ». Sont collés en face de ces notes divers dessins du petit garçon confirmant cette monomanie.

Vidant un bureau acquis par succession et venant d’un ancien élève du lycée Henri IV, Vidant un bureau acquis par succession et venant d’un ancien élève du lycée Henri IV, une famille a retrouvé un feuillet de l’écriture de Nizan et de Sartre. Ceux-ci l’auraient rempli par jeu pour tromper l’attente des résultats du baccalauréat alors qu’ils étaient passablement éméchés. Comment il est arrivé dans les mains de leur condisciple est un mystère. Les questions de la main de Nizan sont en fait celles du questionnaire de Proust et l’écriture des réponses sont de celle de Sartre. C’est ce feuillet à la main qu’ils auraient été semoncés par le proviseur sur les pieds duquel ils auraient derechef vomi en riant*.
[Note du proviseur : Nizan, vous ne vous êtes pas foulés. Sartre, je vous rassure, nous n’attendons rien de vous et, vraiment, essayez de faire mieux demain.]

-Ma vertu préférée : je ne serai pas modeste. Humble tant qu’on voudra, mais pas modeste. La modestie est la vertu des tièdes.
-La qualité que je préfère chez un homme : l’homme n’est rien d’autre que ce qu’il se fait.
-La qualité que je préfère chez une femme : le choix est possible dans un sens, mais ce qui n’est pas possible, c’est de ne pas choisir.
-Ce que j’apprécie le plus chez mes amis : je peux toujours choisir, mais je dois savoir que si je ne choisis pas, je choisis encore.
-Mon principal défaut : on me croit modeste et c’est tout le contraire : je pense que je ferais mieux aujourd’hui et tellement mieux demain.
-Mon occupation préférée : ça parle dans ma tête.
-Mon rêve de bonheur : je voudrais n’avoir pas de dos, je n’aime pas que les gens me fassent des trucs quand je les vois pas.
-Ce que je voudrais être : je ne peux pas supporter qu’on attende quelque chose de moi. Ça me donne tout de suite envie de faire le contraire.
-L’oiseau que je préfère : les livres ont été mes oiseaux et mes nids, mes bêtes domestiques, mon étable et ma campagne.
-Mes auteurs favoris en prose : un grand écrivain, c’est toujours un peu Lazare : il subit le sort commun, meurt et commence à sentir.
-Mes poètes préférés : les poètes sont des hommes qui refusent d’utiliser le langage.
-Mes héros dans la fiction : un homme, fait de tous les hommes , et qui les vaut tous, et que vaut n’importe qui.
-Mes compositeurs préférés : dire qu’il y a des imbéciles pour puiser des consolations dans les beaux-arts !
-Mes peintres favoris : on sait bien que l’art pur et l’art vide sont une même chose.
-Mes héros dans la vie réelle : n’est pas héros qui veut.
-Mes noms favoris : ceux qu’on aime, on ne les juge pas.
-Ce que je déteste par-dessus tout : l’enfer, c’est les autres.
-Le fait militaire que j’admire le plus : te casse pas la tête. La guerre, la paix, c’est égal.
-La réforme que j’estime le plus : on n’a plus rien à faire de nos bonnes intentions. Nous sommes nos actes.
-Comment j’aimerais mourir : j’ai commencé ma vie comme je la finirai sans doute : au milieu des livres.
-État d’esprit actuel : il est rare qu’un homme seul ait envie de rire
-Ma devise : l’existence précède l’essence.

*cet épisode est véridique…lui.