Les auteurs oubliés

Résumé : le roman, écrit en 1875, relate la quête du peuple mongol sous le règne d’Ogodai, fils de Gengis Khan, pour accéder à un certain degré de raffinement culinaire. En effet, comme relaté ad libitum dans les livres d’histoire, les guerriers mongols se nourrissaient de viande crue attendrie sous leur selle pendant les chevauchés. Ce régime alimentaire rudimentaire commençait à peser sur les estomacs et le moral des guerriers qui traversaient des pays où ils voyaient les gens se goberger de nourriture cuisinée semblant succulente. En 1241, les avant-gardes mongol conduite par le général Subutai, après avoir razzié l’Europe de l’est en brulant tout sur leur passage ont écrasé les Hongrois et arrivent aux portes de Vienne. Les guerriers commencent à se dire que le feu peut être utilisé à d’autres fins que la destruction et veulent organiser un festin car ils ont senti les odeurs de viande grillée flottant au-dessus de la ville et sortant des cuisines d’une célèbre bierstubbe où la cuisinière Heidi est en train de préparer du Stelze, jarret de porc grillé. Le saccage est évité de peu quand Heidi promet de cuisiner des Wiener Schnutzel et du Krenfleisch.

Heidi est enlevée lors d’une incursion-éclair et est contrainte de travailler comme cantinière de l’armée mongol définitivement convertie à la cuisson des viandes. Pour pouvoir travailler correctement, elle réclame sa marmite familiale en fonte culottée par ses ancêtres. Deux guerriers de l’armée de Subutai qui sont tombés amoureux de la cuisine de Heidi et souhaitent l’épouser, rentrent dans la ville par un aqueduc pour aller chercher la marmite parfaite.

Le siège de Vienne est ajourné car les guerriers ne pensent plus qu’à manger et refusent dorénavant toute idée de viande crue. Ayant endormi les deux guerriers qui la convoitaient par un Rindsgulash servi avec des pommes de terre sautées et arrosé de bière, Heidi reprenant sa marmite regagne Vienne.
L’approvisionnement en nourritures et en boissons délicieuses est alors coupée à l’armée mongol. Les Viennois vont jusqu’à ouvrir à la hache tous les tonneaux de bière pour qu’ils ne risquent pas de tomber aux mains des barbares.

Tout se termine dans un affreux carnage pendant lequel des actes de cannibalisme vont même avoir lieu.

Heidi qui a rejoint son promis mourra pendant sa nuit de noces (probablement d’une salmonellose comme l’a récemment analysé un article publié dans la revue Lancet), le repas de noces ayant été cuisiné dans sa fameuse marmite mal lavée.

Contexte : c’est après avoir lu une phrase de Gengis Khan rapportée par un historien persan « Nos descendants se vêtiront d’habits dorés, mangeront des mets gras et sucrés, monteront d’excellents coursiers, presseront dans leurs bras les plus belles femmes et oublieront qu’ils nous le doivent. » que Beauflair eut l’idée de son roman. Il se situe dans une mode en vogue au XIXème siècle d’intérêt pour les civilisations passées récemment découvertes par le grand public.

Certains y virent une allégorie relatant le récent siège de Paris pendant la Commune. C’est probablement pour cette raison, que les exemplaires du livre furent volés au sortir de l’imprimerie. On vit dans cette censure déguisée la main de Mac Mahon cherchant à éliminer tout souvenir de la récente tentative de révolution sociale. Beauflair qui était un fin gourmet réputé uniquement préoccupé de cuisine, d’arômes subtils et de gastronomie aurait donc été une victime de la politique réactionnaire mise en place.

Résumé : le roman publié en 1878, relate l’histoire d’un enfant trouvé, Rémi . Dans le Tome 1, celui-ci de santé très fragile provoque la ruine de sa famille d’adoption du fait des frais médicaux considérables que son état nécessite. Pour y faire face, ils sont même obligés de vendre la vache. Finalement, l’enfant est vendu par ses parents adoptifs à un Professeur de la Faculté de Médecine très intéressé par l’accumulation de maladies qui accablent l’orphelin. En effet, celui-ci avait contracté en un laps de temps court pas moins de cent maladies contagieuses différentes. Néanmoins, l’hébergement de Rémi dans la famille du Professeur n’est pas sans poser de problèmes et la famille de celui-ci est décimée.

Le Tome 2, voit Rémi partir en Angleterre et le bateau sur lequel il voyage doit subir une quarantaine avant d’accoster, le typhus s’étant déclenché à bord et c’est sous les huées de ses compagnons de voyage, excédés, qu’il débarque. On apprend par la suite, que Rémi est en fait poursuivi par un personnage trouble qui essaye par tous les moyens de le supprimer en lui inoculant divers bactéries et virus afin de recueillir son héritage. Rémi ayant, en fait, un système immunitaire extrêmement efficace et bien qu’éprouvé, résiste à tout. Il retrouvera finalement sa famille d’origine dont il avait été séparé, bébé. Il apprend alors son vrai nom : Sion.

Contexte : Le roman n’a pas connu de succès, la communication de Louis Pasteur à l’Académie des Sciences sur la théorie des germes et leur rôle en pathologie étant toute récente (Le 30 avril 1878) et n’ayant pas encore connu une vulgarisation suffisante. Le livre semble un tissu d’élucubrations pour les lecteurs qui n’en conçoivent pas la portée novatrice.

Certains critiques avancent pourtant l’hypothèse qu’avant de tomber dans l’oubli, ce livre aurait été lu par un jeune journaliste anglais, Jerome K. Jerome auquel il aurait inspiré un chapitre (Le patient aux cent sept maladies mortelles) de son célèbre livre « Trois hommes dans un bateau ».

Résumé : Sophie, une jeune aristocrate française, pucelle fraîchement sortie du couvent, va rencontrer au cours d’un séjour en Écosse, deux nobles Highlanders dans une auberge. Une longue discussion sur la validité des principes moraux confrontés à la Nature s’ensuit. Afin de mettre en pratique leurs réflexions philosophiques, les deux hommes emmènent Sophie en promenade pendant une journée avec le projet de faire son éducation sexuelle et érotique en pleine montagne. Malheureusement, le jour de la promenade un très épais brouillard tombe sur les Highlands et cela va être propice à une série de quiproquos entre les protagonistes. Le fait que les Highlanders portent le kilt va en effet fatalement aboutir à des erreurs. Beaucoup de scènes de sodomie s’ensuivront tandis que Sophie abandonnée par les deux hommes, spectatrice de leurs ébats effrénés et toujours vierge, devient folle de désir.

Contexte :
ce roman philosophique se situe dans l’époque du « Scottish Enlightment » et fait référence explicitement au livre « Théorie des sentiments moraux  » d’Adam Smith. Cependant, celui-ci s’insurgea contre cette revendication de son œuvre dans ce contexte, faisant valoir qu’il ne validait pas du tout la façon dont Madame d’Eussade interprétait ses concepts d’ « observateur impartial » et d’ « homme intérieur « . À sa demande, le livre fut retiré des librairies mais continua à se vendre sous le manteau.

Résumé : Récit initiatique d’une jeune fille de 15 ans qui souhaite contre la volonté maternelle entreprendre une formation en électricité en Indochine française. Cette volonté d’émancipation est soutenue par un riche chinois plus âgé qu’elle qui lui fournit sa panoplie complète d’outils permettant d’étudier comment le courant passe et d’identifier les causes des pannes. La passion de la jeune fille pour ce métier atypique est au centre du roman ainsi que son inquiétude pour la fourniture en électricité de la maison familiale en cas de rupture de la digue de Mékong.

Contexte : Ce livre, bien que d’un style brillant, était probablement trop en avance sur son époque par le thème abordé car il ne trouvera pas son public et son auteur restera dans l’obscurité.

Résumé : il s’agit d’un recueil de poèmes écrit au fil du temps par un jardinier qui souhaitait laisser la trace de son savoir accumulé de saison en saison. Chaque poème est conçu comme un conseil aux débutants. Ainsi un poème intitulé « L’Art botanique » donnait des consignes pour constituer un massif « à l’anglaise ». Il commence ainsi :
De la colchique avant toute rose,
Et pour cela préfère l’Aster

Pour se terminer sur un avis concernant les pratiques de culture en cours :
Qui va fleurant la menthe et le thym…
Et tout le reste est agriculture.

Contexte : l’ensemble de ces poèmes a été écrit au moment où au XIXe siècle, les jardins anglais connaissaient une mode en pleine floraison et où la technique dite de « mixed border » arrivait en France. Il a eu à l’époque un succès certain avant de tomber dans l’oubli.

Résumé : Ce livre est l’ autobiographie d’un couturier du 18e siècle qui fit un usage exclusif de la soie. « Être en soie » est en effet le leitmotiv de l’auteur qui raconte en détail l’évolution de son art. L’être éprouve la nécessité de rechercher sa propre vérité en soie. La connaissance intime de la soie est érigée en principe. En créant sa maison de couture, l’auteur revendique le côté unique de sa démarche entrepreneuriale : « Je forme une entreprise qui n’eut jamais d’exemple et dont l’exécution n’aura point d’imitateur. » et il revendique un souci d’originalité qui l’a d’ailleurs poussé à refuser de faire des costumes en série pour l’Armée : « Je prends donc mon parti sur le style comme sur les choses. Je ne m’attacherai point à le rendre uniforme »

Ses créations sont caractérisées par une recherche de la simplicité des lignes, épurées et tentant de s’approcher des formes trouvées dans la Nature dont il pensent qu’elles ne peuvent être que bonnes.

Il demande aussi beaucoup à son client allant même jusqu’à leur demander d’effectuer le travail de montage final : «  C’est à lui d’assembler ces éléments [….] le résultat doit être son ouvrage [….] ».

On dit que Trousseau a également voulu se montrer en modèle n’hésitant pas pour cela à défiler dans ses propres confections.

Trousseau ouvre une voie nouvelle avec sa conception de la confection. Il introduit une nouvelle façon de parler de la soie. Ses réalisations sont caractérisées par un amour du détail : on cite beaucoup à cet égard sa découverte bouleversante d’une soie de couleur bleu pervenche qui lui est signalée dans une petite boutique incroyable qui se trouve en Suisse sur le chemin des Charmettes par Mme de W., une fashionista qui l’a introduit dans le métier.

Contexte : dans cette œuvre, le retour de la soie s’impose comme refuge, face aux normes vestimentaires répandues par l’esprit des Lumières. Comme souvent dans les milieux de la mode, la vie de Trousseau se caractérise par une errance perpétuelle le conduisant de podium en podium de Genève, à Paris et Venise. Sa vie familiale en pâtit beaucoup. Ses modèles n’étant plus appréciés, il finira sa vie dans des tenues très négligées et abandonné de tous.

Résumé : Deux hommes de la noblesse espagnole sont amoureux de la même femme, Doña Sol. Ils se provoquent en duel mais au cours d’un duel qui les oppose, celui pour qui le cœur de Doña Sol bat est coincé à la suite d’un faux mouvement par un lumbago foudroyant. Le médecin appelé en urgence diagnostique une hernie discale. Alors qu’il est transporté dans le dispensaire attenant à la demeure de son ennemi, Don Ruy Gomes, il rumine son malheur : comment enlever celle qu’il aime et empêcher le mariage détesté alors que le médecin lui a prescrit une immobilisation totale dans un corset, l’interdiction de porter une charge et celle de monter à cheval ?
Les amants désespérés se suicideront en avalant plusieurs boites de comprimés de Voltarène et Don Ruy Gomes en les découvrant se jettera par la fenêtre. Malheureusement pour lui, il manque son but et finit tétraplégique dans un fauteuil roulant.

Contexte : cette pièce qui voulait renouveler le répertoire en abordant des thèmes neufs et servir de tremplin pour un nouveau genre dramatique a connu un bide fracassant. Les rares spectateurs sortaient en hurlant qu’ils en avaient plein le dos. Un critique de l’époque a fait le constat définitif qu’il n’y avait pas de public pour cet objet littéraire inédit.